Vers une alliance sociale-démocrate ?
Par MoDem Vienne le dimanche 28 décembre 2008, 22:39 - Tribune - Lien permanent
Voilà, je trouvais que la rubrique "Tribune" manquait de "contributions" ces derniers temps. Voici donc une vision toute personnelle de "là où nous en sommes" et de "là où nous pourrions aller" (ce texte n'engage que moi). Vos réactions sont bien entendues les bienvenues...
Constat
Depuis des décennies, la gauche et la droite se sont succédées avec une belle régularité, l'une détruisant ce que l'autre avait mis tant énergie à construire, l'autre s'opposant systématiquement à toute nouvelle idée qui vient de la première, par principe ! Ce constat est tristement exact tant pour l'échelon national qu'au niveau local !
Avec quels résultats ?
Le système économique actuel, assez fortement marqué par un libéralisme dominant et insuffisamment régulé depuis 30 ans, a montré ses limites :
- les fossés se creusent entre les plus aisés et les plus humbles,
- la spéculation a plus de vertu que le travail et la solidarité,
- les services publics régressent, an particulier dans les territoires ruraux comme la Vienne,
- le chômage et le sous-emploi sont devenus un mal endémique,
- le pouvoir d'achat diminue,
- le développement durable est (encore) utilisé comme un alibi par de nombreux politiciens,
- la notion d'intérêt collectif a pratiquement disparu au seul bénéfice d'intérêts personnels ou corporatistes.
La France a perdu une part importante de son influence, son économie est rattrapée ou dépassée par d'autres puissances européennes, sa dette est insoutenable, chaque réforme provoque une situation de blocage.
Et l'Europe, si importante à nos yeux, s'est trop souvent dévoyée en priorisant le libre échange sans se préoccuper du bien-être des européens.
Et pourtant, nous savons tous que rien de bon pour la France ne fera sans elle...
Quel projet de société ?
L'économie de marché est la moins mauvaise des solutions mais nous devons refuser de laisser au seul marché (les fonds souverains, les fonds spéculatifs, les bourses, les actionnaires majoritaires des grands groupes cotés) la responsabilité de réguler l'économie française et européenne. Ce discours, le MoDem le tenait depuis 2007 ; il n'a pas attendu la crise mondiale pour dénoncer la « perte de sens » des économies les plus riches du monde ; et pas attendu non plus les Kerviel et autres Madoff pour s'apercevoir que les marchés étaient cyniques et aveugles !
De la même manière, la tentation du retour à des schémas "collectivistes" doit être combattue, simplement par respect pour tous les peuples qui ont payé un lourd tribu pour sortir de ces modèles liberticides !
La crise actuelle doit représenter un nouveau départ. Je souhaite que le MoDem mette tout en ouvre pour que les prochaines décisions politiques intègrent l'expérience du passé, pour que le monde politique et financier se ré-interrogent sur le modèle à suivre. Le pire serait de repartir comme si rien n'avait changé en 2008 ! Et de certains signaux faibles indiquent que de nombreux "leaders" ne rêvent que de laisser passer la tempête sans rien remettre en cause (il n'est pour s'en convaincre que de regarder derrière l'affichage hyper médiatisé de la relance mondiale, le combat monétaire "à la vie à la mort" que se livrent actuellement les grandes puissances économiques, preuve que "le chacun pour soi" reste la règle de gouvernance standardisée...)
Il nous faut sortir de la logique de l'argent roi pour lui substituer une sociale-démocratie basée sur :
- une économie de marché européenne garante de nouveaux équilibres sociaux et régulée par un pouvoir politique qui doit retrouver sa place en
- France, loin des intérêts privés de tel ou tel lobby ;
- un soutien sans faille à l'économie de proximité (les PME, les artisans), pour conserver et développer des emplois industriels et de services sur l'ensemble du territoire, et ce, autour des opportunités importantes liées au respect de l'environnement (construction propre, énergies renouvelables, transport sans émission de CO², agriculture de proximité) ;
- une priorité absolue à l'Education, car un pays qui n'a plus d'ambition pour sa jeunesse est un pays malade (l'arrêt du réseau RASED proposé par le gouvernement me semble à contre-courant des décisions qui s'imposent) ;
- réforme des strates administratives pour redonner de la force et de la cohérence aux territoires dans une économie globalisée...
Vers une alliance pour la sociale-démocratie ?
Le MoDem est aujourd'hui la troisième force politique en France ; de nombreux français déçus par les alternances stériles aspirent à un nouvel équilibre politique en France. Le MoDem est capable de louer les réussites de l'UMP, essentiellement à l'extérieur du territoire (crise en Georgie, Plan de relance Européen, Plan Climat), comme de dénoncer ses insuffisances (plan de relance français) ou ses erreurs (réforme de l'Education menées à la va-vite sans concertation, sans vision de long terme, incarcération des enfants de 12 ans, main-mise berlusconnienne sur les médias, fichier Edwige.) Ou celles d'élus UMP en panne d'idées nouvelles (amendement obscène pour compenser les pertes en bourse...).
Nicolas Sarkozy est omni-présent ; il passe son énergie à réaliser des "coups" politiciens, le plus souvent "court-termistes", parfois juste pour "jouer avec l'opinion" (débauchages permanents de personnalités de droite, de gauche, de la société civile, sans pour ainsi dire jamais que ce jeu ait du sens sur le plan sociétal, sauf pour Martin Hirsch en réalité...). Mais qu'a-t-il fait de concret et de structurant pour la France depuis 18 mois ? L'Europe et la crise mondiale l'ont sauvé du gouffre, mais pour combien de temps ?
Les deux partis dominants ne représentent plus qu'environ que 20% des voix.
Je ne peux m'en réjouir tant cela traduit une faillite totale de notre système politique et tant le risque reste élevé de voir apparaître ou revenir des forces politiques populistes, de
droite et de gauche !
A quelques jours d'une nouvelle année qui s'annonce comme une des pires depuis le début du XXème siècle, je fais le voeu que se construise une voie nouvelle pour l'avenir de nos
enfants : celle d'une sociale démocratie équilibrée, qui place l'humanisme au centre de toute action politique. Et, avec une UMP empêtrée dans ses contradictions et 50% du PS qui vire à
gauche par posture conjoncturelle, je ne vois guère que le MoDem, avec une forte contribution de CAP 21, pour porter cette ambition, avec inévitablement une alliance avec les
sociaux-démocrates progressistes et réformateurs. Le pays ne sera réformable qu'à la condition de sortir de l'ornière du bi-polarisme.
Ce sera peut-être sa dernière chance d'entrevoir un XXIème siècle acceptable pour nos enfants...
Philippe Chadeyron
Vice-Prt du MoDem 86
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